Lobbying : les insurmontables contradictions des ONG

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Voulant surfer sur la fin de la vague des « Uber files », une vingtaine d’ONG et associations se sont fendues d’une tribune dans Le Monde déplorant le poids des « lobbys du secteur privé » au sein des institutions françaises. Un jeu pas tout à fait démocratique selon ces associations qui à l’instar « de nombreuses organisations de la société civile cherchent elles aussi à peser sur l’élaboration de la loi par du plaidoyer et des campagnes de mobilisation pour une meilleure protection des droits humains, de l’environnement et du climat » (Sic !).

Autrement dit, comme il y a les bons et les mauvais chasseurs, il y a les bons et les mauvais lobbyistes en sachant que le bon lobbying ne doit surtout pas être qualifié de lobbying (vous suivez bien ?). Bref, les écolos ne sont pas très à l’aise avec ce qu’ils sont et ce qu’ils font et c’est encore plus vrai quand ils sont pris la main dans le pot de confiture de l’argent privé issu d’entreprises aux intérêts bien compris.

Des ONG qui ne « vivent pas que d’amour et d’eau fraiche »

Dans le seul secteur de l’agro-alimentaire, les exemples d’ONG aux financements pour le moins problématiques pullulent. L’ONG Foodwatch, signataire de la tribune, a trouvé de généreux financements lors de sa création. Une manne notamment venue d’hommes d’affaires aux intérêts économiques bien compris. Parmi eux, un certain Nikolai Fuchs, coordinateur européen de Demeter International, la principale certification de l’agriculture biodynamique. Financer le lobbying de l’industrie du bio se conjugue parfaitement avec la défense des intérêts de Demeter International…

En France même, l’ONG Générations futures fondée par François Veillerette a endossé le rôle de « sniper » du lobby du bio en dénonçant l’agriculture conventionnelle dans des rapports à la présentation particulièrement bien ficelée, et très bien promus auprès des médias (pour l’exactitude scientifique, on repassera). Générations Futures a ainsi trouvé sa raison d’être… et d’importants financements de la part d’importants acteurs du bio comme Biocoop, Léa Nature, etc. Une idylle similaire qui s’est aussi développée entre L214 et l’Open philanthropy project, une entreprise privée – contrairement à ce que laisse entendre sa dénomination – qui a fait un généreux don de 1,14 million d’euros fin 2017 à l’ONG. Un don aux accents de lobbying bien pensé puisque l’entreprise américaine a des intérêts économiques dans la viande végétale.

Certaines ONG méritent peut-être la palme du lobbying le plus sournois et dangereux. Le Canard Enchaîné révélait il y a quelques semaines que la « Fondation pour la protection du climat et de l’environnement » avait reçu pas moins de 192 millions d’euros en 2021 de Gazprom. Un géant gazier au service du Kremlin qui finance une ONG anti-nucléaire et renforce ainsi la dépendance de l’Allemagne au gaz russe. Chacun y trouve son intérêt sauf celui de l’intérêt général pourtant au cœur de l’action des ONG selon leurs dires…

Des ONG éloignées du pouvoir, vraiment ?

Les complaintes des ONG sont donc à prendre avec des pincettes comme lorsque les liens entre lobbying et monde politique sont décriés. Que dire de la porosité entre militantisme écologiste et accession à des postes politiques cruciaux ? Pascal Canfin est l’exemple parfait voire caricatural d’un pantouflage qu’il ne faut surtout pas nommer. Ministre délégué au Développement sous Jean-Marc Ayrault, l’écologiste est propulsé à la tête de WWF France entre 2016 et 2019 avant de faire son entrée au Parlement européen et d’être un des plus proches conseillers d’Emmanuel Macron. Avec un tel pédigrée, comment les nombreuses ONG qui gravitent autour de lui peuvent-elles sincèrement se plaindre d’un manque d’« accès privilégié aux décideurs politiques » ? Une question à laquelle les auteurs de la tribune ne répondront pas d’autant que les chemins menant de l’associatif au pouvoir sont empruntés par beaucoup. Ainsi, Marine Baud, « conseillère technique à l’écologie » auprès de la Première ministre a aussi fait ses classes au sein de WWF du temps de Pascal Canfin. Une trajectoire proche de celle du « conseiller énergie et environnement » d’Emmanuel Macron, Benoît Faraco, qui n’est autre qu’un ancien de Réseau Action Climat France et de la Fondation Nicolas Hulot.

Les ONG expertes du « lobbying indirect »

« Les Uber Files ont permis de mieux entrevoir la diversité des techniques d’influence indirectes, ces stratégies dites « de lobbying à 360° » visant à biaiser le débat, afin de reporter ou d’orienter les décisions publiques. Le lobbying indirect passe par des campagnes de communication pour imposer les termes du débat public et façonner l’opinion. » 

Un instant, en lisant cet extrait de la tribune, on a un doute, les ONG parlent-elles des méchants lobbystes industriels ….ou d’elles-mêmes ? La mise en cause de l’intégrité des scientifiques, le doute porté sur une institution ou une autorité indépendante, la maîtrise de l’ensemble des outils médiatiques et de communication sont l’apanage des ONG dans le cadre de leur « stratégie du doute ». Nous en avons eu un parfait exemple hier avec les pseudo-révélations concernant la qualité de l’eau potable en France. Tenez-vous bien, le même jour a été publié un dossier complet dans Le Monde, un « rapport » de Générations Futures ; et le soir même un reportage de Complément d’enquête. Une opération com’ qui mériterait d’être référencée dans le manuel du parfait « lobbyiste 360° ».

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